Le porte-bonheur

Nazar Boncuk

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‘Nazar Boncuk’ des Turcs ou l’œil bleu qui protège du mauvais œil :

De tous les symboles frappants qui font la spécificité socioculturelle de la société turque, le fameux œil en verre, petite perle prisée par les Turcs pour conjurer le mauvais œil, reste la manifestation par excellence de l’ancrage de la superstition dans la culture populaire de ce grand et mythique pays qu’est la Turquie.

Objet fétiche de larges couches de la population, « Nazar Boncuk », comme on l’appelle en turc, est une représentation de l’œil destiné, selon la croyance ancestrale anatolienne, à chasser, faire face et déjouer les malheurs que peut répandre le mauvais œil.

Dessiné ou incrusté sur du verre bleu foncé et peint en blanc et jaune, l’œil de verre prend diverses formes, allant du petit objet suspendu aux porte-clés, aux grands tableaux décoratifs, en passant par des formes de pins et de médaillons qui ornementent portes de maisons, accès de bureaux et autres lieux de travail. L’amulette, généralement associée à l’expression turque « Maşallah » (Machaa Allah), est ostensiblement exhibée à l’intérieur des locaux administratifs et de services, en particulier les banques, comme on la trouve suspendue aux rétroviseurs des taxis, autobus et de la majorité des véhicules de particuliers.

Dans une société où le pouvoir du mauvais œil est communément reconnu et craint par tous, dans la vie quotidienne, Nazar Boncuk s’est attribué, sans conteste, le rôle et la fonction de protéger à la fois les biens et les personnes. Dans la croyance populaire anatolienne, le regard « Nazar » associé à trop de compliments ou de flatteries, finit par prendre la forme de la jalousie et avoir un effet négatif qui se répercute aussi bien sur la personne que sur les biens ou les objets. C’est la raison pour laquelle presque toutes les mamans turques attachent avec une épingle à nourrice le fameux œil bleu sur les
vêtements de leurs bébés.

Nazar Boncuk est certes la manifestation la plus ostentatoire de la superstition des Turcs, mais la culture et la croyance populaires anatoliennes regorgent de coutumes, us et pratiques transmises de génération et génération et qui influent, encore aujourd’hui, sur les comportements et actes quotidiens de la quasi-totalité de la population.

Parmi les croyances et pratiques courantes de superstition largement répandues en Turquie, figurent également celles relatives aux mausolées, cimetières et lieux saints, au corps humain, aux animaux, aux objets, aux végétations, aux astres et aux jours de la semaine.

Ainsi, en Turquie, il n’est pas bon signe d’indiquer du doigt un cimetière, ceux qui le feront auront les doigts secs, comme il n’est pas bon signe de se coucher avec ses chaussettes près de sa tête, la personne qui le fera mourra très prochainement. Et si la chaussure se retourne lorsque quelqu’un l’enlève, elle annonce la mort très prochaine de cette personne. Le hululement d’un hibou porte malheur et si un lapin apparaît devant une personne, c’est un mauvais signe et la personne doit, si possible, faire demi tour.

Rêver d’un scorpion, est un bon signe, mais l’aboiement intempestif d’un chien, le cocorico prolongé d’un coq et le mugissement du bœuf présagent d’une catastrophe naturelle. Dans la croyance populaire turque, si une personne a la paume de sa main droite qui la démange, elle recevra de l’argent. S’il s’agit de la main gauche, une dépense conséquente sera au rendez-vous.

Le sifflement de l’oreille gauche est signe de richesse, celui de l’oreille droite est signe de bonne santé, alors que les battements des paupières portent malheur et annoncent une mort imminente dans l’entourage. Si les deux extrémités du croissant de lune sont dirigées vers le bas, le mois courant sera pluvieux, et si elles sont orientées vers le haut, c’est un mois de sécheresse qui s’annonce.

evil-eye-1416867_1920La superstition pousse les Turcs à entreprendre ou non divers actes courants durant certains jours de la semaine classés, jours de chance ou de malchance, selon les croyances locales. Ainsi, il est déconseillé de laver le linge les mardis et samedis, faute de quoi la personne qui portera les vêtements lavés mourra avant de les salir. Se marier un mardi, tricoter un vendredi ou ensemencer le champ un mardi portent malheur.

Bien qu’elles paraissent irrationnelles, ces croyances populaires n’ont pas pu être extirpées du cœur, du cerveau et de la conscience de la majeure partie des Turcs, en particulier dans les profondeurs de l’Anatolie où, loin de l’ouverture des esprits et du raisonnement cartésien des citadins, les coutumes héritées des générations antérieures continuent d’être respectées et prises en considération dans les actes anodins et quotidiens de la population.

 

Source : lematin.ma

 

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